Article d'André Billy paru dans le supplément littéraire du Figaro, illustré d'une photo de Céline prononçant son hommage à Zola à Médan, le 1er octobre 1933.
J'ai déjà loué l'ingéniosité que [sic] témoigne l'éditeur de M. Céline. Jusqu'à présent, il n'avait pas encore fait lui-même l'éloge de Mort à crédit, il laissait ce soin à ses agents de publicité. Ces jours-ci, devant la défaillance à peu près générale de la critique, il s'est décidé à publier une brochure intitulée Apologie de « Mort à crédit ». On n'est jamais mieux servi que par soi-même.
Avant M. Robert Denoël, M. Bernard Grasset avait pris la plume pour soutenir ses auteurs. C'était son droit. Jusqu'à un certain point, c'était son devoir. Il est naturel qu'un éditeur qui se sent des démangeaisons d'écrire, en fasse bénéficier les écrivains de sa maison, qui, après tout, sont ses associés. Mais on n'avait pas encore vu un éditeur faire passer son auteur après lui. Sur la couverture des livres qu'il préfaçait, Grasset gardait la seconde position. Sur celle de la brochure que son éditeur fait paraître et dont ce dernier a cru devoir corser l'intérêt en y ajoutant le texte du discours prononcé par Céline à Médan, le pauvre romancier n'a plus l'air que d'une quantité négligeable ; il ne vient qu'en second et bien loin derrière son éditeur, bien au-dessous, et en caractères bien plus petits. Ce trait est amusant. Il eût choqué Balzac, il eût irrité Lamartine et Victor Hugo. Nous n'en sommes plus à nous froisser de pareilles vétilles. Les mœurs littéraires ont évolué sans qu'on puisse dire pourtant que le prestige de l'écrivain y ait gagné. Ce serait plutôt le contraire, si je ne m'abuse...
Article de Jean Desthieux paru dans la chronique « Lettres à Roxane » de l'hebdomadaire Cyrano.
La coutume n'est pas établie de louanger les éditeurs qui ont su nous offrir de bonnes lectures. Mais la critique a tort. Quand tant de libraires se contentent de solder des invendus et d'imprimer de chétifs comptes d'auteurs, il serait élémentaire de tresser des couronnes aux rares hommes de l'édition parisienne qui, par leur courage, leur sens critique et leur habileté, ont le mieux servi les lettres.
Cette idée me vient une fois plus en constatant que Mort à crédit de L. Ferdinand Céline, Sangs de Louise Hervieu, lauréate du prix Femina, Les Chasses de novembre de René Laporte, lauréat du prix Interallié, Les Beaux Quartiers d'Aragon, lauréat du prix Renaudot, et les Mémoires à rebours de M. Jean Ajalbert, qui viennent de paraître, ont eu un seul et même couple d'éditeurs : Denoël et Steele. On dira sans doute que je me suis vendu à ces deux hommes jamais vus. Mais peu me chaut ! J'entends user de ce qui, peut-être, me reste ici de liberté à louer ces deux éditeurs jeunes, hardis, heureux, intelligents, qui, en 1936, ont sauvé la face de l'édition française, alors que tant de marchands sans honneur se souciaient uniquement de leur absurde commerce et faisaient si bien que de jeunes auteurs belges pouvaient me dire l'autre jour, à Bruxelles, sans que je fusse en état de protester trop haut : « Nous considérons que la littérature française est morte ».