Robert Denoël, éditeur

1935

Janvier

 

L’Hôtel du Nord a été traduit en hongrois et Dabit a été averti par son traducteur que les 1 500 francs de droits ont été versés à Denoël. L’écrivain se rend rue Amélie pour les toucher, l’éditeur affirme qu’il n’a rien reçu.

Furieux parce que Dabit doute de sa parole, Denoël se jette sur lui, et les deux hommes en viennent aux mains. Le 15, Dabit recevra son chèque, mais les relations entre eux sont durablement altérées.

Artaud écrit à Cécile Denoël : «Je vous apporte les ‘Cenci’ et vous demande de les lire jusqu'à demain. Le rôle que je vous destine est celui de Lucretia».

Le 22 : Auguste Picq adresse à Céline un relevé de comptes arrêtés au 31 décembre et lui règle ses droits au moyen de deux traites acceptées à fin février et fin mars. Céline est en désaccord avec ces comptes.

 

Février

 

Parution de Grains et issues, un recueil de poésies de Tristan Tzara publié en partie à compte d'auteur, selon Hélène Lévy-Bruhl. Né Samuel Rosenstock le 16 avril 1896 à Moinesti (Roumanie), c'est l'un des fondateurs du mouvement dada, et il a publié ses deux livres précédents aux Editions des Cahiers Libres, dont Denoël a racheté le fonds trois mois plus tôt. C'est sans doute pourquoi il publie celui-ci chez son nouvel éditeur.

                                                     Tristan Tzara à l'époque dada

 

Le 16 : Publication, dans Je suis partout, d'une grande enquête de Lucien Rebatet : « Les Etrangers en France : l'invasion ». Elle se poursuivra sur sept numéros, jusqu'au 30 mars.

Le 17, Antonin Artaud écrit : « Ma chère Cécile, Le rôle de Lucretia dans la version historique de l'histoire des Cenci, Shelley étant définitivement écarté, a été écrit pour vous, et pour vous permettre de mettre en valeur les qualités que je vous attribue avec ce texte. Si vous avez quelque chose dans le ventre, c'est une occasion pour vous irremplaçable de le montrer.

Physiquement, vous êtes le personnage, vous l'êtes aussi spirituellement. Il n'est pas question, je vous assure, qu'une autre personne que vous le joue. Je ne veux plus d'acteurs mais des êtres vivants. Si vous consentez à vivre, c'est-à-dire à sortir la vie effervescente qui est en vous, vous jouerez ce rôle de manière grandiose. »

L'auteur lui reproche toutefois son attitude péremptoire, « comme si tout était basé sur vous et que tout le monde était à vos ordres. »

 

Mars

 

Le 4, Denoël écrit à de Bosschère, qui lui a soumis Vanna : « Dans les circonstances actuelles, je n’ai pas le moindre espoir de vendre un livre aussi étranger au lecteur moyen. Je ne veux pas vous décourager entièrement pour l’édition, mais croyez-moi, en ce moment ce serait folie que de vouloir passer à l’impression. Si nous publions un roman, il ne faut pas que nous recommencions l’aventure de Satan. »

Vanna dans les jardins de Paris ne paraîtra que dix ans plus tard, chez Robert Laffont.

Le 5 : Faillite des Editions Georges Crès et Cie : 100 000 volumes, du matériel de reliure et le fonds de commerce sont dispersés aux enchères.

Le 15 : Parution de Portraits d’amis aux Editions Sagesse, dans lequel Jean de Bosschère écrit à propos de Denoël : « cet homme jeune haut de taille, aux yeux perçants d’observateur et de connaisseur d’hommes, est un géant affiné par l’esprit et le bon usage de la pensée. La plus haute, celle du poète. Un des rares éditeurs de Paris qui s’égalent aux auteurs qu’ils acceptent. »

 

                                                                                                                    Denoël par Jean de Bosschère

 

Le 20 : Artaud engage par contrat Cécile Denoël pour tenir le rôle de Lucretia dans « Les Cenci » : « Cette pièce sera jouée aux Folie-Wagram entre le 20 avril au plus tôt et le 5 mai au plus tard ». Une somme forfaitaire de 500 francs lui sera allouée pour les répétitions, et elle percevra 50 francs par représentation. Ce curieux contrat prévoit aussi qu’elle partagera avec l’auteur « les risques du spectacle ».

Le 29 : Bibliographie de la France annonce une édition de luxe de Voyage au bout de la nuit llustrée de 40 lithographies de Gen Paul aux Editions Denoël et Steele.

Le projet paraît assez avancé puisque l’éditeur en donne le format (380 x 285 mm), l’imprimeur (Coulouma), le tirage (540 exemplaires), et même les prix de souscription pour les différents papiers. Le projet tournera court, mais les lithographies de Gen Paul furent bien tirées sur les presses de Maurice Berdon.

 

Il existe un prospectus de deux feuillets pliés en deux, tiré sur vélin d'Arches au format du livre à paraître, comportant une lithographie de Gen Paul et un texte inédit de Céline :

 

Dans une première esquisse de Féerie pour une autre fois Céline écrivait en 1947 : « Pour Popol, par malheur il a illustré le Voyage. C’était bien, moi je trouvais. Jamais on l’a fait paraître. Y a eu cabale encore par là. Des manigances d’éditeurs, des chinoiseries à Denoël. »

Il sera à nouveau question de cette illustration en novembre 1952, quand Jean Paulhan écrit à Gaston Gallimard : « Céline me demande de m’entendre avec vous pour que paraisse au plus tôt une édition de luxe du Voyage, qui serait illustrée par Gen Paul qui a déjà fait toutes les planches (très belles, dit L.-F. C.) Il faudrait en ce cas s’entendre avec Gen Paul, et avec Mme Allary, chef de rayon au Printemps, qui a acheté les planches après la mort de Denoël (qui devait les publier). »

 

Avril

 

Denoël renoue avec l'édition de demi-luxe en publiant une jolie édition des poèmes de Rudyard Kipling, traduits en français par Antoinette Soulas dont c'est le premier livre.

Cette poétesse, qui est la maîtresse de Juliette Lafeychine, la mère de la future Juliette Gréco, se fera connaître après la guerre comme auteur de romans policiers.

 

Le 9 : Les répétitions pour « Les Cenci » s'avèrent laborieuses et Artaud écrit à Cécile : « Vous devez comprendre qu'une fois sur la scène vous n'êtes plus une femme mais une actrice et ce que l'on vous dit, si insupportable que ce soit, s'adresse à l'actrice et non à la femme. Il ne faut pas mêler les deux.

C'est-à-dire que votre être profond est devenu le personnage et que la femme avec sa juste fierté demeure à la porte du théâtre, ou chez elle ! [...] je me donne un terrible mal pour que ce soit bien, et il n'est tout de même pas admissible que les efforts que je fais pour vous faire sortir de vous-même et entrer dans le rôle soient interprétés comme des attaques personnelles. »

Il n'a, dit-il, pas dépassé les limites de ce qu'on peut dire à un acteur, et la prie donc de ne pas bouder inutilement et de venir répéter le lendemain. En réalité, les exigences de l'auteur ne sont pas seules en cause car une intrigue amoureuse s'est nouée depuis plusieurs mois entre Artaud et Cécile Brusson, ce dont témoigna Denoël, dix ans plus tard, dans une lettre à sa femme :

« J’ai assisté à vos amours extravagantes, à vos disputes, à vos raccommodements, à vos attendrissements réciproques. Tu as aimé Antonin, encore plus le jour où il est vraiment devenu notre parasite, avec son couvert mis, son tabac, son argent de poche. [...] Vos amours ont atteint leur paroxysme, avec scènes dramatiques, hurlements etc... au moment des Cenci, quand elles m’ont coûté le plus cher. »

 

      Panaït Istrati [1884-1935]

Le 16 : Mort à Bucarest de Panaït Istrati. En mai 1930 les Editions Denoël et Steele, qui portaient toujours l'adresse de l'avenue de La Bourdonnais, avaient débuté en publiant une de ses œuvres : Pour avoir aimé la terre, à propos de laquelle l'auteur avait écrit : « J'ai entièrement refondu les pages qui donnent le titre à cette plaquette et qui avaient paru précédemment dans les Nouvelles littéraires ... Les pages de 'Confiance', je les ai laissées telles qu'elles avaient paru dans Europe ».

 

Mai

 

La Librairie des Trois Magots lance un nouvel hebdomadaire destiné à un public de lettrés :« Le Courrier », dont la Bibliothèque Nationale possède les 13 premiers numéros, parus entre mai et août 1935. Si la périodicité a été constante, ce magazine a donc cessé de paraître début août 1935.

 

 

Le 7 : Première représentation des « Cenci ». Dans Ces Nuits qui ont fait Paris, Guillaume Hanoteau écrit : «Artaud a choisi, pour étrenner son Théâtre de la Cruauté, la salle la plus laide, la plus triste, la plus conventionnelle de Paris. Malgré quoi le Tout-Paris s’y presse : les Beaumont, les Noailles, Colette, Tristan Bernard, Marcel Achard, Salacrou, Robert Kemp, Steve Passeur, etc.

En ouverture, un vacarme assourdissant destiné à créer l’atmosphère propice : Artaud a enregistré le bruit du bourdon de la cathédrale d’Amiens, qui est retransmis par quatre hauts-parleurs. 

La pièce est un four, on loue la beauté de Lady Abdy afin de mieux proclamer par omission son manque de talent. A la sortie un ami dit à Hanoteau : 'Nous venons d’assister à la générale la plus importante du siècle. Malheureusement, nous sommes, vous et moi, les seuls à le savoir'.»


Le 15, Artaud écrit à Paulhan : « Ça va mal et si dans les 24 heures je n’ai pas trouvé un appui financier d’une quinzaine de mille il faudra arrêter ». Il ne trouva pas d’appui et la pièce s’arrêta après la 17e représentation.

Le 20 : Lettre d’Artaud à Cécile, après la dernière représentation de sa pièce : « Je ne peux pas laisser se terminer cette série de représentations des Cenci sans vous remercier de la fermeté extraordinaire, et qui est à mes yeux quelque chose d'héroïque, avec laquelle seule de toutes les actrices et de tous les acteurs des Cenci, vous êtes demeurée, sans dévier de la ligne de votre rôle, ne descendant pas un instant et à aucune des quinze représentations au dessous du diapason qui vous était demandé et que vous avez su tenir.

Il y a plus que de la conscience, il y a une sorte de grandiose acharnement qui vous a valu d'ailleurs dans l'ensemble de l'opinion, d'être tenue pour beaucoup plus émouvante, sincère et vraie que le premier rôle féminin.

Soyez-en inoubliablement remerciée. Si tout le monde avait fait son devoir comme vous et avait su maintenir l'atmosphère, la vie et la tension obtenues aux dernières répétitions, nous aurions eu un triomphe écrasant au lieu d'un succès discuté et qui ne touche pas à certains morceaux du spectacle ».

Selon Morys, la violence d’Artaud, au cours des répétitions et même durant les représentations, provoqua une fausse couche chez Cécile. Ce n'est pas ce qu'explique Denoël à Champigny, le 30 juin, mais le 19, il avait tout de même évoqué un « accident très grave ».

Morys ajoute : « Pour obtenir certains effets visuels, Artaud avait imposé à Cécile un maquillage qui s'accentuait au cours du déroulement de la pièce et, pour la scène du supplice, ce maquillage contenait un produit à base de minium qui lui brûla la peau et dont les traces ne purent jamais être effacées ».

Georges Charensol avait, lui aussi, été témoin de cette violence : « Il avait insufflé à sa troupe sa propre frénésie et les mots " théâtre de la cruauté " prenaient leur sens littéral. Un soir que nous soupions ensemble après le spectacle, je remarquai des marques noires sur sa gorge. Elle m'avoua que son partenaire était fasciné par son rôle au point que, chaque jour, au cours de la scène où il feint de la tuer, elle craignait qu'il ne s'identifie à son personnage au point de l'étrangler réellement. Elle était terrifiée mais, comme moi, elle admirait celui qui se révélait non seulement le poète et le comédien que je connaissais depuis longtemps, mais aussi un prodigieux metteur en scène » [D'une rive à l'autre, p. 29].

Artaud a d’autres projets pour Cécile « Bressant », notamment une pièce pour la T.S.F., « Marie Stuart », qu’il abandonnera après l’échec des « Cenci ». Dès le mois de juillet, il entame des démarches en vue d’un voyage au Mexique.

Robert Denoël a perdu, et a fait perdre, à sa société, pas mal d’argent dans cette entreprise, un peu comme Gaston Gallimard l’année d’avant, avec le film « Madame Bovary » où il tenait à voir figurer Valentine Tessier.

Mais les ressources de la rue Amélie ne sont pas comparables à celles de la rue Sébastien-Bottin, et Morys écrit : « Le trou creusé dans la caisse des Editions par le ‘supplément de commandite’ des Cenci faillit faire sombrer Le Document. Peut-être aussi l'entreprise était-elle trop ambitieuse ?Toujours est-il que les numéros suivants tombèrent de 98 à 32 pages et le prix de 10 F. l'exemplaire à 3 F. Le Document conserva pour ses lecteurs un grand attrait, devint une revue mensuelle ; mais l'originalité, la spécificité que présentaient les cinq premiers numéros tomba et la publication perdit de son intérêt. »


        

 

Juin

 

Le 19 : « Cécile a eu un accident très grave qui l’a forcée à une opération. Il y a quinze jours qu’elle est à la clinique. Vous allez recevoir Le Document sur 'La France au travail' et Le Document sur 'Les Croix-de-Feu'.

J’y joindrai pour votre amusement peut-être les Mémoires de M. Emile Sabatier [Les Rois de la sociale] et les Chroniques de ma vie de Stravinsky : c’est tout. Nous ne publions plus guère, l’heure ne semble pas être au livre», écrit Denoël à Champigny, laquelle lui propose alors de faire une conférence sur son métier d’éditeur à Vichy, où elle réside depuis quelques mois.

Le 30, nouvelle lettre à Champigny : « Cécile va tout à fait bien. On lui a enlevé l’utérus et un ovaire. L’accouchement et l’infection qui en était résultée avait tellement modifié les organes que le pire était à craindre.

Pendant ce temps-là j’ai travaillé d’une manière infernale. La situation était fort compromise par la mévente durable du livre. Je viens d’opérer un admirable redressement financier qui va nous permettre de voir venir les journées d’octobre sans crainte. Le Document ne se vend qu’en France. L’étranger n’a plus d’argent. Tout est trop cher sauf Paris-Magazine pour la fesse et Vogue pour l’élégance. »

 

Juillet

 

Le 24 : Lettre de Denoël à Champigny : « Il me reste un doute au sujet de mon comptable [Auguste Picq]. Et comme je viens de trouver une lettre de lui et sa signature, je voudrais savoir si votre premier examen se confirme. Par prudence envoyez-moi votre diagnostic avenue Charles Floquet, 48. »

Le 25 : Les Editions Ferenczi publient dans leur collection à 3 F 50 « Le Livre moderne illustré » une édition illustrée par Clément Serveau de Voyage au bout de la nuit.

Tirée à 44 000 exemplaires sur papier bouffant Outhenin-Chalandre, elle sera réimprimée à 11 000 exemplaires en janvier 1936 et à 5 500 exemplaires en juin 1939.

Le 25 : Robert, Cécile et leur fils passent leurs vacances à Mauvières, près de Loches, en Touraine. Denoël qui, jusque là, ne pratiquait guère que la pêche à la ligne, vient de découvrir un sport qui lui convient : «J’apprends en escrime qu’il faut beaucoup de feintes, de mouvements d’avance et de recul, pour toucher juste. L’important c’est de gagner la touche de temps en temps et de ne pas trop se faire boutonner ».

 

      

                             Jacques Bainville [1879-1936]

 

Parution du livre de Jacques Bainville, Les Dictateurs, l'un des titres le mieux vendus par Denoël avant guerre (40 000 exemplaires), dont on dit que trois « nègres » se partagèrent la rédaction : Robert Brasillach, Thierry Maulnier et Lucien Rebatet.

Denoël et Steele publient la première histoire du cinéma digne d'intérêt en France, due à Maurice Bardèche et Robert Brasillach.

 

Août

 

A l’occasion de la « foire exposition » qui se déroule à Vichy à partir du 29, Denoël a accepté d’y faire une conférence sur les « Editeurs et gens de lettres ».

Le 13 : De retour à Paris, Denoël écrit à Champigny : « Il va falloir à nouveau batailler et travailler, c’est la même chose, si l’on ne veut pas être englouti. Les six mois qui viennent, je les consacre à faire une définitive trouée. Je sais ce que cela comporte d’efforts soutenus, de démarches, de soucis, de noirs embêtements. Mon métier va m’absorber, me digérer, me réduire ».

Cela ne l’empêche pas de penser à son amie, dont il a découvert tardivement les sentiments, ce qui l’amène à s’épancher : « J’éprouve pour vous un sentiment très profond d’attachement qui n’a jamais eu de cesse depuis le jour où je vous ai vue chez Houyoux pour la première fois, furetant dans les livres ; tout m’avait frappé chez vous, vos yeux chauds, votre vivacité, votre charme animal, votre démarche, votre langage. En une minute, vous m’aviez séduit.

Je voulais vous connaître, vous comprendre. Mais vous m’intimidiez un peu. Je ne soupçonnais pas votre être vrai : vous vous donniez des apparences si contraires à votre nature qu’il fallait être plus fin que je ne l’étais pour vous deviner. Mais tout de suite je me suis pris pour vous, non pas d’amour, non pas d’amitié, mais d’une affection, qui tient de l’un et de l’autre et que, je le sens bien, rien ne rompra désormais.

J’étais très stupide à cette époque, d’une prétention outrée où s’abritait une timidité fort douloureuse. Ajoutez à cela que je vous désirais obscurément, que je vous voyais presser la terre entière sur votre cœur, et que je dépendais de vous pour la matérielle. Il y avait de quoi bouleverser un jeune bourgeois, élevé d’une façon autoritaire et mesquine, qui n’en revenait pas d’avoir brisé définitivement le cercle de la famille.

J’étais encore si solidement attaché à la galère familiale que je n’avais pu conquérir qu’une Belge, également en rupture, mais provisoire, de son pays ».

Sans doute bouleversé par ce qu’il vient d’écrire, Denoël, qui doit retrouver Champigny à Vichy deux semaines plus tard, conserve sa lettre, pour la reprendre le 1er septembre, c’est-à-dire après leur rencontre :

« Voilà : j’ai pour vous une immense tendresse, bien profonde, bien enracinée. Votre présence me donne de la joie. Près de vous mon cœur se dilate, mon esprit s’éveille, je vis davantage. Il se mêle à cette tendresse un peu de sensualité, j’aime de toucher vos mains, vos bras, d’embrasser vos yeux, votre bouche, de sentir vos bras autour de moi. Mais, c’est une chose abominable à vous dire, vous ne me la pardonnerez peut-être pas, je n’ai jamais eu de grand désir physique pour vous. Je n’ai jamais rêvé de vous posséder.

Dès le premier jour, je ne rêvais pas plus que cette tendresse enveloppante. Je ne voulais pas vous posséder. Je sentais sans doute que vous ne pouvez appartenir à personne, que malgré ce que vous disiez vous ne pouviez plus être l’esclave, la femme vouée à l’amour et qui en tire toutes ses peines et toutes ses joies. Vous étiez un monde avec un passé merveilleux, un être si complexe, si formé déjà, avec de si fortes empreintes qu’il m’était impossible de vous donner la mienne.

Et pour tout dire, je me sentais indigne de vous. J’étais si honteux et je suis encore à certaines heures si honteux de moi-même que je suis incapable d’accepter certains bonheurs, et que je me fais payer et toujours cher, les joies que je m’accorde. Et puis, je sentais en vous une personnalité si forte, si rigoureusement construite, qu’il n’y avait pour moi, devant vous, que deux façons de vivre : ou me laisser absorber, modeler, me fier à vous pour devenir un homme, ou essayer de m’imposer tel que j’étais et vivre dans une lutte de tous les instants.

Je me suis écarté de vous, la vie a passé, je me suis fait autrement. Mais vous étiez toujours présente à mes yeux ; loin ou près, j’ai gardé la même tendresse qui nous permettra toujours, j’en suis sûr, de nous retrouver avec une joie mêlée de regret, mais avec joie. Que vous dirais-je encore, chérie, que vous n’ayez compris ?

Toutes mes injustices, mes irritations contre vous et toutes les vôtres contre moi, elles s’éclairent maintenant. Je voudrais que notre affection demeure toute unie, très chaude, sans heurts, sans tempête ; qu’elle soit pour vous et pour moi, le refuge des heures noires, des solitudes du cœur. Je sais quelles sont les vôtres, je les imagine mieux maintenant. Et pour l’être bouillonnant que vous êtes, elles doivent être souvent effroyables.

Songez alors, chérie, à tous les amis que vous avez eus, à tous les amis que vous avez, songez à moi qui vous aime, songez à tous ceux que votre passage dans leur vie a éclairés, révélés à eux-mêmes, songez que tous ont au cœur une grande tendresse pour vous, et que toutes ces tendresses éparses, toutes ces petites lumières semées sur votre route ne se perdront jamais. Elles doivent vous donner la belle clarté, le chaud soleil que vous aimez tant et qui gardera votre cœur vivant jusqu’au dernier jour. »

Le 29, Denoël est accueilli à la gare de Vichy par Champigny, accompagnée d'un jeune journaliste au Progrès de l’Allier qui y publie le lendemain une « interview express » de l’éditeur : René Barjavel, 1 m. 79, est né à Nyons dans la Drôme le 24 janvier 1911.

 

Champigny, René Barjavel et Robert Denoël en 1935

 

« C'est un grand gars costaud qui nous tend la main en souriant, un homme solide, bien équilibré, et sympathique comme la vie des champs. Nous allons classiquement nous asseoir devant une table de café, pour une interview-minute. Mais, que lui demander ? Il serait si simple, et tellement plus agréable, de bavarder, sans penser à ce sacré métier. Il attend, en souriant toujours, ma première question. Ses yeux, derrière ses claires lunettes, sont-ils bleus ou sont-ils verts ?

- De quoi parlerez-vous dans votre conférence, vendredi soir ?

- Je veux simplement expliquer aux gens ce que c'est qu'un éditeur. Ils ne le savent pas bien.

- Ils vous prennent pour des imprimeurs...

- Oui, ou bien ils se demandent quel est ce louche intermédiaire qui vient se placer entre les auteurs et le public. Je veux aussi, et surtout, raconter un tas d'histoires amusantes sur les rapports plus ou moins tendres qui existaient entre les grands écrivains, tels que Balzac, Hugo, etc., et leurs éditeurs. Et je parlerai peut-être de quelques grands éditeurs contemporains, dont les noms sont dans toutes les bouches.

- En somme, vous allez ouvrir pour nous une grande porte sur le monde du livre. Vous étiez d'autant mieux qualifié pour le faire que vous avez dans ce monde, jeté quelque perturbation par votre audace et votre... discernement. Et que nous préparez-vous pour la prochaine «saison» littéraire ? Avez-vous des candidats au Goncourt ?

- Oui, toujours notre même équipe. Nous allons cependant en lancer prochainement un nouveau, un jeune de vingt-deux ans, plein de génie : Luc Dietrich, dont nous publierons « Le Bonheur des Tristes ». Et enfin, le gros événement de la saison ce sera le nouveau livre de Céline : « Mort à Crédit », un imposant bouquin de 600 pages !

En achevant mon verre, je me demande quel âge peut bien avoir Denoël. Certes il a quelques cheveux blancs, mais ils sont bien rares, et la jeunesse qu'il possède, on sent qu'elle ne le quittera pas, même lorsqu'ils seront la majorité ou l'unanimité. »

Le 30, à 20 heures 30, dans la salle des fêtes, Denoël prononce sa conférence avec succès.

 

Septembre

Parution du manifeste théorique et critique d'Aragon : Pour un réalisme socialiste qui réunit les textes de cinq conférences de l'auteur.

 

Le 1er : René Barjavel rend compte dans Le Progrès de l’Allier de la causerie de la veille : « S'il nous est difficile de résumer une telle conférence, qui échappe à l'analyse par sa richesse même, nous avons joie à insister ici sur la pureté de la langue employée par Denoël. Trop d'orateurs ont l'habitude de négliger leur style, la parole permettant d'escamoter toutes sortes de faiblesses.

Ce nous fut une raison particulière de savourer, comme un mets rare, le français de substantifique moelle que nous servit le jeune et grand éditeur parisien. Il le servit d'ailleurs avec grande aisance et de si agréable façon qu'après les unanimes applaudissements, un auditeur lui déclara : - Monsieur, vous avez été bref...Nous n'ajouterons rien à cette courte phrase, le plus beau compliment qu'on puisse adresser à un conférencier ».

En 1943, Barjavel dira à un journaliste : « Denoël vint faire une conférence à Vichy, j'étais chargé de le présenter au public, nous avons bavardé toute la nuit et à l'aube mon patron d'aujourd'hui m'offrait de travailler chez lui. » Les choses ne se sont pas passées aussi rapidement, comme en témoigne la lettre suivante.

Le 2, Denoël écrit à Champigny : « J’ai repensé à notre ami Barjavel. S’il venait à Paris, croyez-vous qu’il serait capable d’un travail de documentation, de surveillance, de recherches et de mise en pages ? Bref, croyez-vous qu’il pourrait assumer les fonctions de secrétaire de rédaction du Document ? »

L’éditeur est très exigeant : « Il s’agit pour ce travail de faire preuve d’une grande présence d’esprit, d’une mémoire absolument infaillible, d’invention et d’activité soutenue. Le collaborateur idéal doit être là à n’importe quelle heure, même la nuit quand on a besoin de lui, doit recevoir les photographes, les guider, tenir note des documents qui lui sont confiés par eux, éplucher leur compte quand ils envoient leur facture, se tenir en rapport avec les auteurs quand les textes sont commandés, calibrer avec eux la longueur de leur copie, pouvoir supprimer ou ajouter le cas échéant, se tenir en contact avec l’imprimerie et avoir assez d’autorité sur les chefs de fabrication pour obtenir le travail à la date prévue. Passer des marchés de papier et savoir toujours quelles quantités il y a en magasin, quelles quantités il faut employer, etc, etc.
 

Evidemment, un travail de ce genre demande une formation, mais qui, à mon avis, ne doit pas excéder quatre mois de collaboration de tous les instants, si le candidat a les capacités que je recherche. C’est un travail absorbant, pas fastidieux pour un sou, qui laisse un peu de loisirs à celui qui l’assume durant le temps de battement qui sépare la fabrication des deux numéros. Est-ce que vous croyez que Barjavel réunit les qualités nécessaires ? Est-ce qu’il est homme à lâcher sa situation pour faire un essai de trois mois ?

Je cherche depuis des années un garçon un peu subtil qui pourrait me seconder dans la fabrication. Il y a mille détails que je suis appelé à négliger parce que j’ai beaucoup trop de travail pour m’y attacher et ces détails ont leur importance. Barjavel serait-il homme à me seconder d’une manière assidue ? - me serait-il entièrement dévoué ?

Vous comprenez très bien la collaboration que je recherche. Je ne connais pas assez notre ami pour savoir s’il est capable de cette collaboration-là. Ce que je connais de lui m’a paru extrêmement sympathique : mais le charme, la gentillesse naturelle, le talent et l’intelligence seraient inutiles s’ils n’étaient pas soutenus par une grande puissance de travail et par une capacité de dévouement très grande. Toutes les maisons d’éditions de Paris ont cet homme-là. Chez Bernouard, vous vous rappelez, il y avait à la comptabilité une femme de premier ordre qui délivrait son patron du plus gros de ses soucis. Pour «Le Document», c’est un être de ce genre-là que je cherche, étant entendu que la partie comptable lui sera épargnée.
 

Au point de vue matériel, je ne puis pas immédiatement tout au moins faire grand chose. Il faudrait partir pour commencer à 1200 frs les trois premiers mois. On passerait ensuite à 1500 et les appointements iraient en augmentant selon les possibilités de la maison. Un collaborateur de ce genre, sauf catastrophe, devrait en deux ou trois ans se faire une situation très honorable.
 

Vous connaissez Barjavel à fond. Vous devez savoir s’il répond oui ou non à cet emploi. Sa collaboration, au début tout au moins, ne l’empêcherait pas de tenir une rubrique parisienne dans son 'Progrès' et sur place, il trouverait probablement des collaborations de journaux ou d’hebdomadaires beaucoup plus aisément qu’à Vichy. Merci de tout ce que vous pourrez me dire à ce sujet.
 

Ne lui en parlez pas : je voudrais avoir votre opinion d’abord. Le danger pour Barjavel, s’il vient à Paris, c’est de ne plus trouver le temps d’écrire. En dehors de son travail, il aurait toutes les sollicitations que vous savez. Est-il homme à passer par-dessus son plaisir ? »

Deux jours plus tard, après avoir reçu une réponse positive de Champigny, il lui écrit : « Merci de votre lettre, Chérie, c’est entendu : j’ai écrit à Barjavel pour lui proposer une collaboration immédiate. Je pense comme vous qu’il peut en advenir des tas de choses heureuses et je serai content de vous les devoir. »

Denoël peut aussi compter à cette époque sur l’aide bienveillante, mais intermittente, de René-Louis Doyon, dont il a racheté le fonds d’édition : « Il s’agit d’un fonds très restreint racheté à l’éditeur qui était en déconfiture et fut employé ensuite comme lecteur aux Editions Denoël », écrit Picq.

Doyon [1885-1966] a débuté dans l'édition chez Eugène Figuière, a ouvert en 1917 une librairie qu'il a transformée l'année suivante en maison d'édition, La Connaissance, où débuta le jeune André Malraux. Son fonds d'édition est composé essentiellement de classiques littéraires du XIXe siècle, et de livres de luxe.

Selon Eric Dussert, Doyon aurait été engagé en 1937 par Denoël comme « secrétaire général », avant d’être licencié l’année suivante « pour des raisons inconnues ». Son nom disparaît en effet de la correspondance de l’éditeur à partir de 1938, mais on ignore si les deux hommes se sont séparés brutalement, d’autant que Doyon publie encore un ouvrage chez Denoël fin 1938.

Dans un article [ « Céline et les prix Nobel »] publié en octobre 1963 dans ses Livrets du mandarin, René-Louis Doyon qualifie curieusement ses activités chez Denoël : « Environ 1938, conseiller aulique chez Denoël (titre aussi vain que ce que je fis là). »

Le 6, Céline écrit à son amie Evelyne Pollet : « J’ai parlé de votre roman à Denoël. Il le trouve très bien, très fin, plein de talent et de poésie. Mais en ce moment rien ne se vend. En d’autres temps il l’aurait sûrement publié ».

    Evelyne Pollet à Anvers en juin 1934

Evelyne Pollet, qui avait déjà essuyé un refus en 1933 pour La Maison carrée, avait donc transmis à Denoël un nouveau manuscrit (à moins qu’il s’agisse d’une version nouvelle du même roman), et demandé à Céline de presser l’éditeur.

Le 13 : Inquiet, comme tout le monde, des événements qui agitent l’Allemagne, où l'on est sur le point d'édicter les lois raciales de Nuremberg, et l’Italie, qui s’apprête à envahir l’Ethiopie, Denoël écrit à Champigny : « Je continue à ne pas croire à un grand conflit prochain. Les catastrophes si bien préparées n’éclatent jamais. Je veux que vous ayez tort. »

Le 14 : Edmond Buchet note dans son journal qu'il a reçu chez Corrêa un manuscrit de Charles Plisnier, refusé tout d'abord par Gallimard et Grasset. L'auteur, qui est avocat à Bruxelles, n'a pas jugé utile de proposer son roman à un compatriote installé à Paris. Mariages, écarté des prix littéraires en décembre 1936 à cause de la nationalité de l'auteur, obtiendra le prix Goncourt l'année suivante.

Le 28 : Décès d'Alfred Vallette. Georges Duhamel, principal actionnaire dans la société du Mercure de France, reprend la direction de la maison d'édition, dont l'administrateur délégué sera Jacques Bernard.

 

Octobre

 

Le 3, lettre de Denoël à Champigny : « C’est le tourbillon de l’argent et de l’édition. Je nage dans l’argent ou dans le manque d’argent. Je fais des acrobaties sans nom, qui me donnent un peu la courbature. On serait à la limite de l’écœurement, du découragement, si l’on n’avait pas l’espoir bien vissé au cœur.

Je ne peux quitter Paris cette année. Tout est trop grave. Je suis un peu comme Charlot dans 'La Ruée vers l’or'. La cabane est sur la crête, je m’y déplace avec terreur et chaque mouvement risque de me précipiter dans le gouffre. Toutes les semaines je suscite un petit miracle qui rétablit un équilibre provisoire. A ce jeu, on se fatigue».

Le 12 : Parution du Bonheur des Tristes. Luc Dietrich, écrit Robert Denoël à Champigny, « a 22 ans. Il a été tuberculeux. Il a fait tous les métiers décrits dans le livre, plus le métier de plongeur, le dernier des métiers je crois bien, et encore agent électoral, un peu maquereau, photographe et porteur de paquets. Beaucoup de souffrances, de misères, de coups du sort. Alors porte un masque pour se défendre, truque avec le lecteur, avec les amis, avec lui-même. Mais au fond, je crois, une sensibilité rare, qui s’exprime déjà. Le côté précieux du livre est dû plus au copain [Lanza del Vasto] qui l’a écrit sous sa dictée qu’à lui-même. Le livre avait 500 pages. J’en ai coupé la moitié, la dernière moitié, qui était le comble de l’artifice et de la littérature. Mais Dietrich a accepté cette amputation sans une seconde d’hésitation. »

 

     

 

Raoul-Jacques Dietrich dit Luc Dietrich est né le 17 mars 1913 à Dijon. Orphelin de père dès l'âge de six ans, il a mené une vie itinérante avec sa mère, qui, de cures de désintoxication en hospitalisations, a fini par disparaître à son tour en 1931. Cette année-là Dietrich a publié sous le pseudonyme de Luc Ergidé [ses initiales : R.J.D.] un recueil de poèmes : Huttes à la lisière, édité à 100 exemplaires hors commerce chez Jean Crès aux frais de son ami Luc Durtain, qui en a signé la préface.

Sa rencontre avec Lanza del Vasto, en 1932, est déterminante : le futur « pèlerin » l'aide à rédiger son premier roman qu'il propose à Denoël sous le titre provisoire : « La Leçon de vie ». L'éditeur l'ampute de quatre chapitres et propose un autre titre, qui est adopté. On note qu'à cette époque Denoël n'a pas beaucoup de considération pour Lanza qui, il est vrai, n'a encore rien publié, et n'effectuera son grand voyage initiatique en Inde que deux mois plus tard. Les chapitres supprimés du Bonheur des Tristes furent publiés en 1997 aux Editions Eoliennes par Frédéric Richaud et Xavier Dandoy sous le titre L'Ecole des Conquérants.

Le 25 : René Barjavel quitte Vichy pour Paris. Denoël l'a engagé en qualité de « secrétaire de rédaction » de sa revue Le Document.

Dans La Charrette bleue [1980], Barjavel témoignera de ce que fut sa vie chez Denoël : « Il n'y avait pas de fins de mois aux Editions Denoël, dont j’étais le chef de fabrication. Denoël, éditeur génial et impécunieux, me donnait de l'argent quand il en avait, par petits morceaux. Je n'ai jamais su exactement ce que je gagnais.

Ce n'était pas le Pérou mais Denoël était l'homme le plus intelligent que j'aie rencontré de ma vie. Travailler avec lui, bavarder avec lui la journée finie, c'était une joie et un enrichissement qu'aucune satisfaction pécuniaire n'aurait pu remplacer. »

 

Novembre

 

Le 18, parution du premier numéro de la collection « Célébrités d’hier et d’aujourd’hui », qui en comptera douze entre 1935 et 1937.

 

Ces brochures bi-mensuelles bien documentées eurent un réel succès au cours de l'année 1936 - celle de Pierre Descaves consacrée au chancelier allemand atteindra les 18 000 exemplaires - mais lorsqu'il publie, au cours de l'automne 1937, l'annonce ci-dessus, Denoël sait que sa collection est déficitaire, et qu'il ne publiera plus d'autre numéro.

        

Il a bien tenté, en 1936, de diversifier ses collections en publiant un Louis Marin dans une série « Figures contemporaines », et un Cézanne dans une « Galerie des illustres », mais elle n'ont pas eu de suite. En 1939 encore, Denoël lançait une collection analogue : « Les grandes figures d’aujourd’hui » qui eut deux titres puis disparut du fait des événements de la guerre.

Parution du Vieux carnet rouge de Jacques Deval [1890-1972].

  

 

Décembre

 

Le 4 : Le prix Femina est attribué à Claude Silve pour Bénédiction (Grasset), le prix Interallié à Jacques Debû-Bridel pour Jeunes ménages (Gallimard).

Le 5 : Le prix Goncourt est attribué à Sang et lumières de Joseph Peyré (Grasset). Le Bonheur des Tristes, que Denoël présentait aux Goncourt, a recueilli une voix, celle de Roland Dorgelès. Le prix Renaudot revient à François de Roux pour Jours sans gloire (Gallimard).

1935 ne fut pas une année faste pour les Editions Denoël et Steele, qui vont se rattraper l'année suivante en s'adjugeant quatre prix littéraires.