Le 11 : Décès à Versailles de Louise Hervieu.
Née le 28 octobre 1878 à Alençon, de Jean-Baptiste Hervieu, 36 ans, commis de la ville, et de Madeleine Lucé, 26 ans, sans profession, Louise Hervieu était hérédosyphilitique.
Elle a raconté son histoire pathétique dans un roman qui, écrit Albert Morys, « avait traîné chez quelques éditeurs et lui était chaque fois revenu avec un mot aimable », avant d'être accepté par Denoël : Sangs obtint, le 8 décembre 1936, le prix Femina.

Dans l'indifférence générale elle créa, avec l'aide active de Denoël, l' « Association Louise Hervieu pour l'établissement du Carnet de Santé », un carnet dans lequel seraient inscrits les antécédents des parents, puis tous les soins, toutes les maladies de l'enfant, ensuite de l'adulte jusqu'à son heure dernière, pour servir à son tour à maintenir en santé ses enfants et ses petits-enfants.
Des tracts furent imprimés par Denoël qui les fit encarter dans plusieurs publications dont Le « Crime », paru en 1937, avec ce manifeste assez violent : « Les chevaux et les chiens de luxe ont un pedigree mais les petits de l'homme naissent et meurent comme des bêtes obscures ; car la peine sacrée des mères n'est pas respectée. Leur enfant innocent, trop souvent malingre ou misérable ne vivra pas, ou il vivra en désespéré. C'est qu'il porte le poids de tares ancestrales. Mais ceux-là dont il est la victime, ceux-là étaient déjà des victimes. »
Le 1er juin 1939, un arrêté ministériel instituait, à l'usage des citoyens français, le fameux carnet. Paris-Presse titrait en première page : « M. Marc Rucart crée LE CARNET DE SANTÉ individuel, confidentiel, facultatif. »
C'était, écrit Morys, lui-même directement concerné, « une demi-mesure, mais c'était déjà un grand pas... qui aurait dû être suivi de nombreux autres », à commencer par l'application de l'arrêté de juin 1939.
Le 6 janvier 1943, Louise Hervieu lui écrivait, à propos de ce carnet toujours en projet : « De celui qu'on annonce et auquel j'ai tout donné de moi-même, je ne sais rien. Quant au certificat prénuptial qui n'est point éliminatoire et ne comporte pas de sanction, c'est une mesure pour rien. Quant à l'assainissement de la procréation, celle qui ne peut plus la défendre vous recommande encore et pour toujours le carnet, cher Morys. »
La même année elle publia encore Le Malade vous parle, sans plus d'écho auprès des autorités médicales.
Le premier carnet de santé français fut rendu obligatoire par une loi du 18 janvier 1994, mesure abrogée dès le 24 avril 1996, puis réactualisée en octobre 1996 avec la distribution gratuite de 45 millions de carnets, dont le coût est estimé à quelque 38 millions d'euros. Une loi du 13 août 2004 a supprimé les dispositions du code de la sécurité sociale instituant le carnet de santé pour les patients de plus de 16 ans obligatoire depuis décembre 1996.
En décembre 2004 un projet nouveau a vu le jour : le carnet de santé sera remplacé par un Dossier Médical Personnel électronique [DMP]. Le 15 mars 2005 les journaux titraient : « Du retard à l'allumage pour le DMP » et, le 28 décembre, annonçaient que le DMP allait se transformer en GIP-DMP, c'est-à-dire : « Groupement de Préfiguration du Dossier Médical Personnel ».
Le 24 mars 2007 a eu lieu la mise sur l'Internet d'une « première phase de concertation en ligne du DMP », et, le 11 juillet 2007, d'une deuxième version intégrant la plupart des commentaires qui ont été faits « sur la première version du cadre d'interopérabilité », qu'on peut consulter à l'adresse http://www.d-m-p.org/
Le combat engagé il y a soixante-dix ans a donc abouti, très provisoirement, à un système interactif d'une grande complexité supposée protéger les données confidentielles des patients. On peut toutefois utiliser, comme sur cette page, une fenêtre de recherche rapide qui permet de faire apparaître n'importe quel nom figurant sur ce site officiel : celui de Louise Hervieu ne s'y trouve pas.
Hachette prend une participation de 90,7 % du capital de la Société des Editions Grasset, qui, le mois suivant, lui confie la distribution de toute sa production. Bernard Grasset, âgé de 73 ans, a vendu en viager, et il meurt douze mois plus tard : Hachette empoche le fonds Grasset pour 45 millions de francs de l'époque, soit quelque 700 000 euros.
Grasset est le premier éditeur prestigieux à tomber dans l'escarcelle du Trust vert qui, par la suite, annexe les Editions Fasquelle, Fayard (98,3 %), et Stock.