Le 10 : Mariage de Cécile Robert-Denoël et de Maurice Bruyneel dit Albert Morys : «Notre mariage civil eut lieu pour la Saint Guillaume, le 10 Janvier 1951. Dans la plus stricte intimité : la maman de Cécile, mon père, nos deux témoins et nous deux bien entendu. Le témoin de Cécile était maître Rozelaar, le mien Jacques Barreau, un ami commun.», écrit Morys.
La cérémonie religieuse eut lieu le 13 janvier, dans une petite église de la rue de Rennes où la messe était dite en français : «Le Professeur Denoël, père de Robert, qui avait approuvé notre union, ne put cependant s'empêcher de nous dire, lorsqu'il sut où aurait lieu la cérémonie, que ‘cela sentait le fagot’», écrit-il.

Peu après, Cécile reçoit la médaille d' Officier du Dévouement National, pour son action en faveur de la Croix Rouge au cours des journées de l’insurrection armée d’août 1944 : «Elle est là, dans sa boîte, avec son beau ruban violet bordé de tricolore, orné d'une rosette aux mêmes couleurs. Cécile ne l'a jamais portée».
Le 2 : Les Éditions Domat-Montchrestien rachètent à l’administration des Domaines les parts des Editions Denoël vendues le 22 juillet 1941 à l'éditeur berlinois Wilhelm Andermann et celles qu'il avait acquises lors d'une augmentation de capital le 22 février 1943, soit 1 480 parts en tout.
Le 20 : Le Tribunal militaire de Paris amnistie le docteur Louis Destouches, alias Louis-Ferdinand Céline.
Le 30, Céline écrit à Pierre Monnier : « La morue Voilier vend sa tôle ? Si les boxons rouvrent elle aura du boulot, l’habitude ! »
Parution de l'édition française du livre de Milton Hindus [1916-1998] : L.-F. Céline tel que je l'ai vu aux Editions de l'Arche. Le professeur américain, qui a rendu visite à Céline à Korsor du 20 juillet au 13 août 1948, a noté, une dizaine de jours après avoir quitté le Danemark, quelques réflexions à propos de son éditeur :

« Il y a aussi l'histoire que m'a contée D..., professeur de littérature française à l'Université de Londres. Il avait très bien connu l'éditeur de Céline, Denoël, qui devait être assassiné par la suite, et ce dernier lui avait dit qu'en dépit des relations généralement bonnes qu'ils entretenaient, Céline lui avait envoyé à plusieurs reprises des lettres dont l'incroyable violence dénotait à son point de vue la folie complète.
Quand je lui demandai son avis sur Denoël, Céline m'en dit pis que pendre. C'était, à l'en croire, comme tous les éditeurs, un escroc, un aventurier, un lourdaud, un mélange d' « épicier et de maquereau ». - « Nous n'avions rien en commun, absolument rien », me dit-il.
Pourtant Denoël avait été son éditeur pendant douze ans, l'avait fait connaître au public, l'avait défendu contre les critiques et avait, selon toute probabilité, perdu sa vie de la main d'un terroriste qui ne lui pardonnait pas d'avoir édité une telle œuvre. Il y avait du délire dans la véhémence avec laquelle Céline calomniait la mémoire de l'assassiné. Autre sujet de remords pour lui. »

L'anecdote est intéressante car elle émane de Denis Saurat [1890-1958], professeur puis directeur de l'Institut Français à Londres, et auteur de trois ouvrages publiés par Robert Denoël en 1933, 1935 et 1937. Les relations entre les deux hommes étaient en effet assez étroites puisque le fils de l'historien, Harold Saurat, fut longtemps hébergé chez les Denoël au cours des années trente, alors qu'il était étudiant.
Parution du Journal d'un homme simple chez Frédéric Chambriand. Dans une interview accordée en 1982 à Chantal de Pisun, René Barjavel déclare : « J'étais malade, immobilisé à la campagne, ne sachant plus très bien où j'allais, sans travail. Avant de quitter Paris, j'avais obtenu une avance minuscule d'un jeune éditeur [Pierre Monnier], pour un ouvrage, sur n'importe quel sujet, sauf un roman, car j'avais un contrat avec Denoël. J'ai repris mes notes écrites au jour le jour, et j'en ai fait un livre. Voilà les raisons. Répondre à un engagement matériel et meubler le temps d'une immobilité imposée. »

Si l'écrivain évoque volontiers Marcel Aymé, Louis-Ferdinand Céline ou Luc Dietrich, il ne dit rien de son travail rue Amélie, ni de ses relations privilégiées avec Robert Denoël.
Le 1er : Céline et sa femme quittent Copenhague pour Nice, où ils sont hébergés chez les Pirazzoli.
Le 18 : Céline signe un contrat avec Gaston Gallimard pour la publication de Féerie pour une autre fois, et la réédition de Voyage au bout de la nuit, Mort à crédit, Guignol's Band et Casse-pipe.
Le 23 : Céline et sa femme regagnent Paris.
Le 1er : Mireille Fellous, demeurant rue Galilée 56 à Paris, cède 6 parts de 500 F lui appartenant dans la Société des Editions Denoël à la Société des Publications Zed, société anonyme au capital de 10 402 500 F, représentée par M. Michel Gallimard, son p.d.g. domicilié au siège de la société à Paris, 3 rue de Grenelle. La cession est consentie et acceptée moyennant le prix de 1 000 F la part, soit 6 000 francs.
Cette société anonyme créée le 20 décembre 1928 par Gaston Gallimard est, en principe, destinée à lancer des journaux et revues, comme Détective, Marianne, la Revue du cinéma, Voilà, etc., mais c’est son capital que Gaston Gallimard utilise pour absorber les Editions Denoël.
Insatiable, Gallimard, qui a déjà annexé en 1949 les Editions du Point du Jour de René Bertelé, est aussi en pourparlers pour racheter les Editions du Sagittaire, mais Léon Pierre-Quint, qui n'a guère de sympathie pour lui, préférera traiter avec Jérôme Lindon et les Editions de Minuit.
Le même jour, Georges Seguy, demeurant à Paris 5e, 1 boulevard Saint-Germain, cède à la même société 4 parts de 500 F lui appartenant dans la société des Editions Denoël. La cession est consentie et acceptée moyennant le prix de 1 000 F par part, soit 4 000 francs.
Le 15 : La s.a.r.l. « Les Editions Domat-Montchrestien » au capital de 5 000 000 francs dont le siège est à Paris 5e, rue Saint-Jacques n° 160, représentée par sa gérante, Mme Jean Voilier, cède à la même société 2 656 parts de 500 F lui appartenant dans la Société des Editions Denoël. La cession est consentie et acceptée moyennant le prix de 1 000 F par part, soit 2 656 000 francs, que le cessionnaire a payé comptant au cédant, qui le reconnaît et lui en consent bonne et valable quittance.
La société Zed a donc déboursé, selon les actes officiels, la somme de 2.666.000 francs pour racheter 2 666 parts de la Société des Editions Denoël appartenant aux associés de la Société des Editions Domat-Montchrestien.
Dans une lettre adressée le 9 juillet 1996 au professeur Harry Stewart, un représentant des Editions Gallimard écrivait : « Le montant du rachat des Editions Denoël s’est élevé à 1 333 000 francs (1951) », en ajoutant que cette information était disponible auprès du greffe du Tribunal de commerce de la Seine.
Pourquoi cette discordance ? Parce que le greffe du Tribunal de commerce n’indique que le nombre de parts négociées, et le montant nominal de ces parts, pas celui de la transaction.
Pourquoi, quarante-cinq ans plus tard, l'éditeur de la rue Sébastien-Bottin éprouve-t-il le besoin d'écrire qu'il a racheté ces parts à leur montant nominal, comme l'avait fait Jeanne Loviton le 25 octobre 1945 ?
Le 16 : Première assemblée, rue Amélie, des nouveaux associés de la Société des Editions Denoël, présidée par Michel Gallimard. La démission de Mme Jean Voilier est acceptée, et Bernard Huguenin [Rouen 6 janvier 1914 - ?] est nommé gérant de la société.
Le nouveau gérant fait insérer dans les publications légales de La Loi des 14-16 novembre l'encart suivant :
